ZINZENDORF                                                                  

 

 

 

« Pour Zinzendorf, le Christ seul doit être appelé Dieu, ce terme étant impropre pour la Divinité. Ainsi défini, Dieu est Homme de toute éternité »

Voir « L’homo nobilis selon Zinzendorf », in Pierre Deghaye, De Paracelse à Thomas Mann, Dervy

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« Zinzendorf se rattache à une famille de pensée dont Jacob Boehme est l’ancêtre et qui croit à l’incarnation de l’esprit. L’image de l’homme nouveau est celle de la foi incarnée dans un être totalement transformé. Dans la communauté fondée par Zinzendorf à Herrnhut, chaque frère sera censé être cette image vivante. Le fils de la noblesse sera lui-même devenu un homme nouveau. »


Le comte Zinzendorf est né à Dresde en 1700 et fut élevé dans un milieu piétiste. Après des études à Halle, puis à Wittenberg, il voyagea en Allemagne, en Hollande et en France. Renonçant à la carrière diplomatique à laquelle sa famille le destinait, il achète des terres à Berthelsdorf. En mai 1722, il entre en relation avec Christian David, frère morave, à la recherche d’un asile pour ses frères persécutés en Bohème et en Moravie. Le comte Zinzendorf leur offre alors l’hospitalité sur ses terres. Une première communauté s’y installe et fonde le village de Herrnhut. Quelques années plus tard, le village comptera quelque 300 émigrés moraves.

Le 13 août 1727 est une date fondatrice dans l’histoire des Herrnhutes, puisque ce jour marque la naissance spirituelle de la communauté éponyme.

Or, le rôle de Zinzendorf fut décisif en cette circonstance, parce qu’il n’avait cessé d’enseigner aux Frères de l’Unité, ce qui forme l’essentiel du piétisme, à savoir que le Christ est « l’ami divin de l’âme ». Cependant, Zinzendorf a surtout développé une théologie de la seconde naissance typique du piétisme, selon l’entretien du Christ avec Nicodème : « La première enveloppe est l’archétype de notre corps terrestre. La seconde est le corps glorieux de l’âme. Comment se fait le passage du premier corps au second ? Par une transmutation qui abolit le premier. Dans le langage de la mystique chrétienne, cela s’appelle une seconde naissance ». Cette théologie peut s’entendre aussi dans la perspective christosophique qui est celle de Jacob Boehme : « Le croyant deux fois né est un homme double. Il reste malgré tout le vieil homme jusqu’au terme de son existence terrestre. En même temps il est un autre homme : l’homme intérieur incarné dans un corps de lumière. Il a déjà revêtu son corps glorieux sous l’enveloppe de son corps terrestre » ; « Le corps céleste du Christ représente la totalité retrouvée. Le Christ est l’homme virginal, comme le seront après lui toutes les âmes qui se seront trouvées ».

A partir de 1733, le comte Zinzendorf va connaître des années difficiles, il sera contraint de vendre ses terres, puis condamné au bannissement en 1736. Le comte, sa famille et une partie de la communauté se déplacent alors à Marienborn, près de Francfort, où elle trouve un refuge. Elle deviendra l’Église des pèlerins.

Un long débat à l’intérieur de cette Église, sera tranché, le 16 novembre 1721 et va donner à l’Église de l’Unité son orientation spirituelle qu’elle conserve toujours : « La question n’était pas de savoir, dira Zinzendorf, si le Sauveur était ou non, le Pasteur et l’Évêque de nos âmes. Notre désir était plutôt qu’il daignât traiter une alliance spéciale avec le pauvre et petit peuple des Frères (…) Pour nous, nous nous engageâmes à l’aimer et à l’honorer, à vivre avec lui dans une communion personnelle et intime, à nous conformer à sa volonté, à ne plus jamais choisir de maître humain pour les affaires du cœur, mais à demeurer fidèlement attachés à notre Chef divin ».

Le comte ne retournera à Herrnhut qu’en 1747, où il mourra en 1760, reconnu comme chef spirituel, mais aussi contesté sur un point fondamental. Zinzendorf avait imaginé, en effet, que l’Église de l’Unité serait composée de « croyants deux fois nés », chacun d’eux demeurant attaché à sa propre confession, au lieu que dans les dernières années de sa vie, ses disciples aspiraient à voir la communauté constituée en Église nouvelle – qui est connue de nos jours sous le nom d’Église de l’Unité des Frères moraves.